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Les nuanciers

En se contentant des noms communs de notre langue pour désigner une couleur, on ne peut pas être très précis : le langage reste trop pauvre face à la multitude de couleurs de notre monde. Si je demande à mon garagiste de repeindre ma voiture en vert clair, il y a fort à parier qu'il ne verra pas le même vert que moi. Peut-être pourrais-je être un peu plus précis, en lui demandant d'utiliser un vert céladon ? Mais même cette désignation englobe une grande quantité de subtiles variantes. J'ai toutes les chances de quitter le garage mécontent, le teint aussi vert que ma voiture.

Même si je viens le voir avec une feuille que j'aurai patiemment peinte avec le vert que je veux, mon garagiste pourra-t-il reproduire cette teinte ? Dispose-t-il des peintures qui lui permettront de recréer ce même vert ?

Pour résoudre ce problème, on a donc conçu des nuanciers. Ce sont des catalogues définissant visuellement un ensemble limité de couleurs. Chacune est reproduite sur un support papier, accompagnée d'un code, un "identifiant" unique. Lorsqu'un type de nuancier donné est "reconnu" par une entreprise, cela signifie qu'elle sait précisément comment obtenir toute couleur qui y est référencée.

Armé de ce nuancier, il est alors possible de trouver visuellement la couleur désirée, puis de s'y référer en utilisant son code, et enfin, en communiquant ce code à un tiers, d'en obtenir une reproduction fidèle.

Ainsi, pour faire repeindre ma voiture, je devrai me procurer un nuancier que mon garagiste reconnait (autrement dit, un nuancier dont il est capable de reproduire les teintes), et lui faire ma demande en indiquant le code correspondant au vert tant désiré.

De nombreux industriels (marchands de couleurs, fabricants d'automobiles ou de cosmétiques) créent leur propre nuancier. Souvent, leurs couleurs sont désignées non pas par un code obscur, mais par un nom en clair, pour en faciliter la mémorisation. La plupart du temps inventés pour la circonstance, ces noms sont choisis avec soin par les équipes marketing. "Bleu lagoon", "rouge diablo", "jaune maltais"... les emprunts à l'anglais sont nombreux, et les termes sont choisis pour faire rêver. On n'achète pas de voiture bleu clair, on "acquiert une berline bleu glacier". On ne peint pas son salon en orange, on "repense son intérieur en giroflée". On ne maquille pas ses lèvres en rose, on "souligne son sourire d'une touche pink shine".

L'intérêt d'un nuancier spécifique se trouve de fait assez limité, puisque sa portée est restreinte à l'entité qui l'a inventé. Si Peugeot propose un bleu glacier, ce sera sa notion de bleu glacier uniquement, et il est fort probable que le même nom trouvé chez un autre fabricant ne représente pas la même nuance.

Or il est courant qu'une entreprise ait besoin d'assurer la constance d'une couleur sur les différents supports où elle sera reproduite. Prenons par exemple la société de télécoms Orange. Son fameux carré coloré est présent sur leur site internet, leur papier à en-tête, sur les véhicules d'intervention technique, sur la coque des téléphones et des box de connexion à internet, etc. La société doit donc fournir des informations au concepteur de site, à l'imprimeur, au peintre en carrosserie, au fabricant plastique, afin que ceux-ci puissent reproduire fidèlement la même teinte orangée sur tous les supports.

Certaines sociétés et organismes ont donc mis au point des nuanciers avec la volonté que ceux-ci soient partagés par un grand nombre d'entreprises, facilitant ainsi la constance des couleurs sur les différents supports et produits. Ainsi Orange désigne-t-il sa teinte par le code 151 d'un nuancier de la société Pantone. En fournissant ce code unique P151 à ses sous-traitants (et dans la mesure où ceux-ci sont capables de produire des couleurs Pantone), Orange s'assure de la constance de sa couleur.

Vous trouverez dans les pages suivantes la description de quelques nuanciers parmi les plus connus :

L'utilisation d'un nuancier, même connu, ne sera jamais la panacée dans la mesure où le nombre de teintes qu'il définit reste limité et ne permet donc pas de reproduire la totalité des nuances auxquelles notre oeil est sensible. Mais en pratique, les 500, 1000 voire 5000 références que contiennent ces outils s'avèrent souvent suffisants. Reste le malheureux problème du passage d'un nuancier à l'autre : si mon imprimeur travaille avec un nuancier Pantone tandis que mon fabricant utilise un nuancier RAL, comment accorder les deux ? La réponse est simple : la plupart du temps, on ne peut pas.